Nos membres, chacuns dans leur domaine de compétences et sur leur territoire, se mobilisent auprès de leurs adhérent.es pour les accompagner dans cette période extrêmement difficile à tout point de vue : rencensement, écoute, article de presse, alertes, temps collectifs de partage permettant de se rassurer, de trouver des idées et des solutions ensemble pour surmonter la fatigue et la lassitude... exemple du Civam en Charente Limousine.
Besoins de réponses à la hauteur des enjeux
Le CIVAM de Charente limousine accompagne depuis de nombreuses années des fermes qui développent collectivement des solutions pour s’adapter au changement climatique. Gestion de l'eau, amélioration des sols, plantations de haies, évolution des pratiques : les initiatives se multiplient sur le terrain. Pourtant, les épisodes caniculaires exceptionnels que connaît actuellement notre département mettent les exploitations en difficulté.

Paysannes et paysans décrivent une situation de forte tension : pertes de production, achats imprévus de matériel, difficultés d'accès à l'eau, inquiétudes pour les animaux, journées de travail qui s'allongent, fatigue physique comme psychologique.
De nombreuses solutions sont d'ores et déjà mises en œuvre sur le terrain. Elles renforcent progressivement la résilience des exploitations, mais ne suffisent plus, à elles seules, à faire face à l'intensification des épisodes climatiques extrêmes. Ceux-ci dépassent les capacités d'adaptation des fermes et rendent nécessaire une évolution des dispositifs d'accompagnement.
Il y a quelques jours, le Civam de Charente limousine a d’ailleurs signé la charte du Projet Alimentaire Territorial de la Charente, réaffirmant un engagement en faveur d'une agriculture locale, durable et résiliente. Les événements de ces dernières semaines montrent que cette ambition nécessite des réponses concrètes à la hauteur des enjeux.
Des propositions concrètes
Afin de mieux rendre compte de cette situation, le Civam a recueilli les témoignages de ses adhérentes et adhérents au cours des derniers jours. Les propositions ci-dessous sont directement issues de ces remontées de terrain :
- mettre en place, à titre exceptionnel, un dispositif réduisant le coût de l'eau du réseau lorsqu'elle est utilisée pour préserver les productions agricoles et assurer l'abreuvement des animaux, lorsque aucune autre ressource n'est disponible. Ce dispositif devrait pouvoir être mobilisé rapidement, sans obligation d'installer un compteur spécifique et selon des modalités adaptées aux petites exploitations familiales, dont les besoins restent souvent modestes mais essentiels ;
- étudier la possibilité d'une aide exceptionnelle pour les dépenses engagées dans l’urgence afin de préserver les productions face aux épisodes caniculaires (voiles d'ombrage, blanchiment des serres, équipements d'irrigation ou remplacement de plants) ;
- mobiliser, en lien avec les acteurs de la santé, un accompagnement renforcé des agriculteurs et des agricultrices confrontés à une fatigue physique et psychologique importante, en facilitant davantage l'accès aux dispositifs de soutien existants et, si nécessaire, à des prises en charge exceptionnelles ;
- prévoir des dérogations autorisant, dès à présent, des interventions limitées sur les haies afin de distribuer des branches aux animaux, dans le respect des enjeux de biodiversité, lorsque les prairies ne permettent déjà plus de répondre aux besoins des troupeaux. Cette mesure permettra également de préserver les stocks fourragers destinés à l'hiver.

S'adapter aux exploitations de petites tailles
A travers des courriers, le CIVAM Charente Limousine a souhaité attirer l'attention du Préfet de Charente sur la nécessité de concevoir des dispositifs d'aide accessibles aux exploitations de petite taille. Des critères d'éligibilité trop complexes, des seuils minimaux de dépenses élevés ou des démarches administratives disproportionnées risqueraient d'exclure les exploitations familiales dont les besoins sont souvent les plus modestes.
Les mesures d'urgence sont indispensables pour permettre aux exploitations de traverser les crises. Elles ne sauraient toutefois se substituer à un investissement durable dans l'adaptation des systèmes agricoles. La plantation de haies et d'arbres, le développement de l'agroforesterie, l'amélioration des sols ou encore une gestion plus résiliente de l'eau constituent des leviers essentiels pour renforcer la résilience des fermes face aux aléas climatiques. Leur déploiement nécessite des dispositifs de financement pérennes, lisibles et adaptés aux enjeux auxquels notre agriculture est désormais confrontée.
Plusieurs des propositions évoquées relèvent de décisions nationales. Néanmoins, en tant que représentant de l'État dans le département, le Préfet peut jouer un rôle essentiel en faisant remonter les difficultés rencontrées sur le terrain, en mobilisant les services concernés et en facilitant localement, lorsque cela est possible, la mise en œuvre de réponses adaptées à cette situation.
Et bonne nouvelle pour les éleveuses et les éleveurs ! À la suite de ces démarches, et avec le soutien de la Confédération Paysanne, de l'association Prom'Haies et de la sénatrice Nicole Bonnefoy, la DDT de la Charente accepte désormais les demandes de dérogation permettant d'exploiter les haies afin de nourrir les animaux et préserver les stocks de fourrage. Demandes à adresser individuellement aux services de la DTT.
Le cas particuliers des exploitations maraîchères
Les maraîchers et maraîchères accompagnés par le Civam de Charente Limousine traversent une situation particulièrement préoccupante. Ce sont des fermes de petite taille (moins d'un hectare cultivé pour la plupart), peu mécanisées et reposant sur des systèmes de production économes en énergies fossiles. Compte tenu de leur taille, leurs exploitations disposent de faibles capacités d'autofinancement et de marges de trésorerie limitées. Des dépenses exceptionnelles de plusieurs milliers d'euros engagées en quelques semaines peuvent ainsi remettre en cause leur équilibre économique, voire leur pérennité.

Au quotidien, ces fermes sont indispensables au territoire : elles participent activement à l'approvisionnant des marchés de plein vent, des marchés de producteurs organisés sur l'ensemble du territoire, des restaurants, des cantines scolaires, des EHPAD, des festivals, ainsi que des habitants en vente directe en livraison ou à la ferme.
Plusieurs exploitations ont dû recourir à l'eau du réseau: leurs puits, étangs ou forages ne permettant plus de répondre aux besoins. Dans le même temps, elles ont dû réaliser en urgence des investissements pour protéger leurs cultures : ombrage, brumisation, blanchiment des serres, etc. Ces dépenses imprévues interviennent alors même qu'elles font face à des pertes de rendement, à des pertes complètes de certaines cultures, fragilisant fortement leur trésorerie.
Afin d'établir une demande réaliste et proportionnée, ils ont collectivement recensé les besoins de chaque ferme concernée. Chacune a estimé les volumes d’eau nécessaires au maintien de ses cultures jusqu'à la fin de l'été. Ce travail collectif aboutit à un besoin d'environ 600 m³ d'eau par exploitation pour les deux prochains mois, soit 10 m³ par jour, afin d'assurer la continuité des productions jusqu'à la fin de l'été.
La volonté n'est pas de solliciter une aide maximale, mais une aide correspondant au plus juste des besoins identifiés. Ils sollicitent la mise en place d'un dispositif permettant de prendre en charge :
- les surcoûts liés à l'utilisation de l'eau du réseau pour l'irrigation des cultures ;
- les dépenses exceptionnelles engagées pour protéger les productions sur présentation des factures correspondantes

Ces deux mesures représenteraient une aide d'environ 3 000 € par exploitation. Cette démarche ne vise pas à compenser une perte de revenus, mais à faire face à des dépenses exceptionnelles directement liées à un épisode climatique hors norme, afin d'éviter que des difficultés de trésorerie immédiates ne compromettent les productions des prochains mois.
Par ailleurs, près de la moitié des adhérents de ce Civam se sont récemment installés avec le soutien de la Dotation Jeunes Agriculteurs (DJA). Les difficultés actuelles mettent donc également en péril des exploitations dont l'installation a été accompagnée financièrement par les pouvoirs publics. Préserver ces fermes, c'est aussi préserver des investissements publics déjà consentis.

Gérer durablement l'eau
Cette situation doit être l'occasion d'engager une réflexion collective sur la gestion de l'eau avec les services de l'État, la DDT, les syndicats de l'eau, la Communauté de communes, Charente Nature, l’OFB ainsi que des bureaux d'études en hydrogéologie afin d'identifier des solutions adaptées. Cette réflexion pourra porter sur :
- l'amélioration de l'accès à la ressource en eau ;
- le stockage de l'eau à l'échelle des exploitations ;
- les économies d'eau et les pratiques culturales favorisant sa préservation ;
- la production de références techniques utiles aux exploitants comme aux pouvoirs publics.
Construisons des réponses durables conciliant sécurité alimentaire, adaptation au changement climatique et préservation des milieux naturels.
La moitié des maraîchers du groupe vient d'être touchée par un épisode de grêle. L'évaluation précise des dégâts est en cours et viendra compléter le bilan économique de cette campagne.
Renseignements : Cédric Rutter, Animateur coordinateur : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
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