Le 5ème rapport de Terre de Liens sur l’état des terres agricoles propose de comprendre pourquoi notre système alimentaire dysfonctionne, ce que cela implique pour nos vies quotidiennes, et surtout comment agir, ici et maintenant, pour une agriculture de proximité, nourricière et démocratique.
Notre agriculture nous échappe, les municipales peuvent tout changer
Que voulons-nous dans nos assiettes ? Des produits sains, accessibles, issus de fermes vivantes, qui respectent la terre, l’eau et celles et ceux qui la travaillent. Pourtant, aujourd’hui, une grande partie de ce que nous mangeons ne se décide ni dans nos communes, ni dans nos territoires. Notre alimentation dépend d’un modèle agricole industriel tourné vers l’exportation, gourmand en pesticides, destructeur d’emplois paysans et incapable de nourrir correctement la population.
À quelques semaines des élections municipales, une question centrale se pose : qui décide de ce que nous mangeons ? Et surtout : qui devrait en décider ?
Les communes disposent de leviers puissants pour agir : foncier agricole, eau potable, cantines, urbanisme, action sociale, développement économique. Là où l’État verrouille, les territoires sont la clé.
Dans un contexte agricole explosif, Terre de Liens entend outiller citoyens et élus avec ce nouveau rapport d'expertise à quelques semaines des municipales.
Notre agriculture est dans les choux
NOS TERRITOIRES PRODUISENT BEAUCOUP… MAIS NOURRISSENT PEU
Depuis les années 1960, la politique agricole française suit une seule logique: produire toujours plus au moindre coût. De décennie en décennie, la France a augmenté sa productivité jusqu’à devenir la première puissance agricole européenne. Cette course à la quantité a fait de l’économie la seule boussole de la «ferme France», reléguant au second plan la qualité de l’alimentation, la protection de l’environnement et les conditions de vie des agriculteur·trices. Résultat : une agriculture très productive, mais incapable de nourrir durablement les territoires.
Aujourd’hui, une part considérable de notre production est destinée à l’export, tandis qu’un·e Français·e sur dix est en situation d’insécurité alimentaire4. Le problème n’est pas le volume produit, mais ce que l’on produit, comment, et pour qui.
Nos terres ne nourrissent ni celles et ceux qui les travaillent, ni celles et ceux qui vivent autour.
DES FERMES TOUJOURS PLUS GRANDES, TOUJOURS MOINS NOMBREUSES
L’agriculture française se transforme à grande vitesse: les fermes disparaissent, tandis que celles qui restent s’agrandissent. À peine plus d’une personne sur deux souhaitant s’installer en agriculture parvient à accéder à des terres chaque année. Le prix du foncier est devenu si élevé que les acteurs les plus puissants — grandes exploitations et groupes agro-industriels — sont les seuls à pouvoir acheter.
Conséquence directe: les petites fermes deviennent une espèce en voie d’extinction, alors qu’elles sont pourtant essentielles à l’emploi agricole, à la diversité des productions et à la vitalité des territoires
LE PIÈGE DU “LOCAL INDUSTRIEL”
Face à la demande croissante de produits locaux, les industriels agroalimentaires ont su s’adapter… sans changer de modèle.
Ils utilisent l’image d’une ferme artisanale et ancrée dans son territoire pour écouler des productions toujours aussi intensives. On retrouve ainsi dans des cantines scolaires ou des circuits courts de la volaille “locale”, mais élevée sans remise en cause du mode de production : bêtes entassées, engraissement accéléré, usage massif d’antibiotiques, pollution des terres, agriculteurs et agricultrices toujours aussi mal rémunéré·e·s.
Le local, sans changement structurel, peut devenir un simple argument marketing.
- 200 fermes disparaissent chaque semaine en France
- 70 % des fermes françaises produisent pour l'agro-industrie, pas pour nourrir localement
- 130 %, c'est la capacité de la France à nourrir sa population mais...
- 43 % de nos terres sont consacrées à l'export
Produire plus, nourrir moins : comment l'agriculture industrielle vide nos territoires
DES AIDES QUI FAVORISENT LES PLUS GROS
Alors qu’un·e agriculteur·trice sur cinq vit sous le seuil de pauvreté, les exploitations les plus grandes s’en sortent beaucoup mieux. Pourquoi? Parce que les aides européennes (PAC), distribuées à l’hectare, bénéficient mécaniquement aux structures les plus vastes. Censées soutenir le revenu des petits agriculteur·ices, ces aides favorisent de fait les pratiques les plus industrielles.
DES TERRITOIRES À USAGE UNIQUE
La « ferme France » est aujourd’hui une mosaïque de territoires ultraspécialisés: ici des céréales, là du lait, ailleurs des betteraves à sucre. Cette spécialisation extrême défigure les paysages, fragilise les écosystèmes et rend impossible une alimentation locale, tant les productions sont peu diversifiées.
UNE POLLUTION QUI S’AGGRAVE
Plus une activité agricole est concentrée, plus la pression sur l’environnement est forte : pesticides, engrais chimiques, artificialisation des sols. Résultat : effondrement des insectes et des oiseaux, eaux polluées, terres appauvries… et paradoxalement, des rendements en baisse pour l’agriculture industrielle elle-même.
Face à tout cela, la faim de démocratie se fait ressentir, et nous pouvons agir. Terre de Liens le documente dans ce dernier rapport.
La seule campagne qui compte, c'est celle qui nous nourrit : comment reprendre le pouvoir ?
L'alimentation : un enjeu démocratique, pas individuel
On nous répète souvent que nous devrions «mieux consommer», acheter local, bio, responsable. Mais sans nous en donner les moyens. L’alimentation n’est pas une somme de choix individuels: c’est un enjeu public et collectif.
Aujourd’hui, sur 100 € de dépenses alimentaires, les agriculteur·trices ne perçoivent en moyenne que 6,80 €. Le reste est capté par la transformation industrielle, et la grande distribution.
Changer le système alimentaire suppose donc d’agir sur la production, la transformation, la distribution — pas seulement sur le ticket de caisse. Cela ne signifie pas que nous sommes impuissant·es.
Les communes peuvent changer la donne
Les communes disposent de leviers concrets pour transformer l’agriculture et l’alimentation sur leur territoire :
- réserver des terres à l’agriculture biologique;
- faciliter l’installation de paysan·nes;
- soutenir le maraîchage local;
- approvisionner les cantines en produits de qualité;
- accompagner la diversification agricole;
- soutenir les commerces de proximité.
En organisant des filières alimentaires à l’échelle locale, la richesse créée reste sur le territoire et est mieux répartie tout au long de la chaîne. Résultat ? Des territoires plus nourriciers, plus solidaires, plus vivants.
Il n’existe donc pas de loi ou solution unique pour rendre aux territoires leur résilience alimentaire. Il existe en revanche une opportunité majeure, les 15 et 22 mars 2026, de voir élire des listes à même de rendre à nos terres et à notre alimentation l’agriculture qu’elles méritent ! Comment y participer à votre échelle ? Me mobiliser sur mon territoire. Terre de Liens a préparé un kit de mobilisation pour peser dans la bataille des municipales. À vous de vous en emparer, partout en France ! Les 15 et 22 mars, faisons de l’agriculture et de l’alimentation un choix démocratique.
