Nouvelle-Aquitaine Initiative pour une agriculture
Citoyenne et Territoriale

Nécessaires aux cultures, les populations de pollinisateurs, de vers de terre et d’oiseaux s’effondrent sous l’effet des pesticides. Leur chute ne sera pourtant pas au menu des événements du grand rendez-vous du monde agricole.

La biodiversité sera invisibilisée au Salon de l’agriculture

Médiapart publie un article alarmant sur la perte de biodiversité causée par l'agriculture intensive. Après un sinistre constat silencieux, la journaliste rappelle que la démonstration scientifique de l'impact de l'agriculture industrielle sur l'environnement a été faite il y a trois ans déjà : une vaste étude menée par différents laboratoires européens avait montré que les intrants chimiques et les grandes parcelles avaient un effet destructeur sur les populations d’oiseaux, sans toutefois distinguer l’effet des pesticides en lui-même des autres pratiques productivistes. Le mois dernier, une nouvelle étude scientifique, française cette fois, a montré qu’il y avait une corrélation entre la quantité d’achats de pesticides sur une zone et une moindre abondance d’oiseaux au même endroit. L’impact des produits phytosanitaires est négatif sur 84 % des espèces, y compris sur les oiseaux qui ne nichent pas dans les milieux agricoles mais les fréquentent.

L'article cite à plusieurs reprises Benoît Fontaine, écologue au muséum d’Histoire naturelle de Paris : 

« On sait bien que les pesticides ne sont pas bons pour la biodiversité. Il n’y a pas de doute là-dessus. Les études solides sont pourtant nécessaires, si l’on veut contrer les arguments des entreprises phytosanitaires et des lobbies. »

Ainsi que Vincent Bretagnolle, du CNRS, qui étudie depuis des années l’impact des insecticides sur des parcelles de cultures dans les Deux-Sèvre

« Dans les plaines agricoles, on perd plus de 1 % des effectifs d’oiseaux chaque année. Or ils sont une composante majeure de la biodiversité : deux tiers de notre pays sont constitués de surfaces agricoles, et la moitié des espèces d’oiseaux qui nichent en France nichent dans ces zones. Ce déclin sans précédent fait consensus parmi les scientifiques. »


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Des politiques agricoles au cœur du problème 

Ce sont précisément ces produits que le sénateur et agriculteur Laurent Duplomb (Les Républicains, LR) s’obstine à vouloir faire réautoriser, malgré la censure de sa loi par le Conseil constitutionnel sur ce point. Sa nouvelle proposition de loi, qui a été déposée au Sénat début février, veut réintroduire non seulement la molécule acétamipride, comme dans son premier texte, mais aussi le flupyradifurone.

Or la faune sauvage contribue à la production agricole : elle n’est pas un handicap mais un allié pour les cultures. 

Médiapart indique:

"Toute cette biodiversité sera invisibilisée au Salon de l’agriculture, où les animaux vivants exposés sont des bêtes domestiquées issues de l’élevage, et où le règne végétal est celui des cultures productives. Il n’y a pas de stand prévu sur le monde sauvage, pas plus que de conférence dédiée. L’Office français de la biodiversité (OFB), sous le feu des critiques d’une partie du monde agricole depuis deux ans, n’aura lui-même aucune représentation pendant les dix jours que dure le salon."

Ce qui étonne Vincent Bretagnolle :

« C’est étonnant car plantes et faune sauvages sont à la base de la production agricole. C’est d’autant plus troublant que les agriculteurs en sont conscients. »

Nous sommes nombreux à travailler en s’efforçant de préserver la biodiversité. La LPO a sorti un rapport "Oiseaux des milieux agricoles : le signal d'alarme !" L'essentiel à retenir ? Les oiseaux sont parmi les premiers témoins des transformations de notre environnement. Plusieurs décennies de suivis robustes nous alertent sur le déclin continu des oiseaux des milieux agricoles, révélateur de l’impact profond des pratiques agricoles sur le vivant. Cette synthèse dresse un état des lieux sans détour, mais montre aussi que des solutions existent.

Face à l’urgence écologique, la LPO réaffirme une ambition claire : faire évoluer nos pratiques agricoles pour produire avec la nature, et non contre elle. La préservation des oiseaux des milieux agricoles constitue un indicateur majeur de la santé de nos territoires et de notre capacité collective à construire un avenir durable. 

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Au sein du réseau InPACT nous avons justement fait le choix pour ces deux prochaines années de mettre en avant la thématique de la biodiversité. Les pratiques de nos paysan.nes sont la preuve que depuis des années il est possible de produire autrement.

Préserver la biodiversité grâce à l’agriculture durable

La Région Nouvelle-Aquitaine a fait le choix d’accompagner l’ensemble de la filière agricole dans sa transition agroécologique, avec pour horizon 2030 une agriculture respectueuse de l’environnement, économe en ressources, moins dépendante des intrants, sans pesticides de synthèse, répondant aux attentes des consommateurs et intégrant le bien-être animal. La préservation de la biodiversité constitue un pilier central de cette ambition, à laquelle notre réseau s’inscrit pleinement.

L’Ambition 3 de la feuille de route Néo Terra vise à accélérer les transitions agroécologiques et alimentaires, en affirmant que toute la filière agricole néo-aquitaine doit réussir sa transition. À l’instar de cette ambition, InPACT NA se mobilise depuis 20 ans pour étendre l’agroécologie à l’ensemble des exploitations agricoles, en valorisant des pratiques favorables au vivant, à la diversité des milieux, des espèces et des paysages, tout en suscitant des vocations. Nous partageons la même ambition : concilier production agricole, préservation de la biodiversité et accès de toutes et tous à des produits locaux, sains et de qualité, transformés au plus près des lieux de production.

Outarde canepetière Guy Renaud
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Depuis 2018, la Région s’est dotée d’un Pacte Alimentaire visant à relocaliser l’alimentation, assurer une juste rémunération des producteurs, mieux respecter l’environnement et fournir des produits de qualité pour tous. La protection de la biodiversité agricole et alimentaire est indissociable de ces objectifs, et le réseau InPACT NA, signataire de ce Pacte, contribue à leur mise en œuvre sur les territoires.

La biodiversité constitue une porte d’entrée essentielle pour engager la transition agricole en impliquant les agriculteurs et les citoyens, en reliant pratiques agricoles, alimentation, santé des écosystèmes, foncier, semences et transmission des fermes. L’approche est systémique : il n’est pas possible de parler de biodiversité sans aborder les changements de pratiques, les savoir-faire agroécologiques, l’installation-transmission, la santé et l’économie locale.

Dans ce contexte, il est nécessaire de sortir la question de la biodiversité d’un traitement strictement technique pour en faire un enjeu de société partagé. L’urgence impose d’agir sans attendre : le réseau souhaite renforcer ses actions de communication, de capitalisation et de diffusion afin d’essaimer les initiatives, outiller les acteurs et amplifier les dynamiques territoriales autour de la biodiversité.

 

Retrouvez l'article de médiapart sur leur site internet.